90 fûts et bidons de produits chimiques, quelques bonbonnes d’hydrogènes. Ces composants ont servi à fabriquer des drogues de synthèse. Les résidus ont été retrouvés sur les hauteurs d’Aubel en février sur un terrain privé: "On a été un peu surpris quand on a constaté ce dépôt clandestin dans un élevage de lapins, constate Freddy Lejeune, bourgmestre d’Aubel. C’est certain que c’est toujours inquiétant de voir ces dépôts clandestins. Surtout qu’on n’est pas les seuls ».
De plus en plus de déchets de laboratoire de drogues abandonnés
Ce phénomène de "dumping", l’abandon de dépôts clandestins de produits chimiques pour fabriquer des drogues, est en augmentation. La police en a relevé 28 l’an passé en Belgique, déjà plus d’une trentaine cette année. Principalement en zone frontalière avec les Pays-Bas.
Avant l’ecstasy, maintenant l’amphétamine
"Historiquement, dans les années 90, les laboratoires d’ecstasy étaient fortement implantés en Belgique et aux Pays-Bas, dans la zone frontalière. Ici, on a évolué vers d’autres drogues de synthèse: amphétamines,méthamphétamine... Cela reste une zone d’implantation dans la zone frontalière. Ce qui explique actuellement une recrudescence de tous ces dépôts de produits chimiques", constate François Farcy, directeur de la Police judiciaire de Liège.
Des Mexicains d’un des plus puissants cartels de la drogue interceptés à Plombières
A Plombières, un laboratoire de drogue de synthèse a été démantelé. On pouvait y produire plus de 130 kilos de méthamphétamine par semaine. Des Mexicains y ont été interceptés. Ils appartenaient à un des plus puissants cartels de drogue du Mexique dont le chiffre d’affaires annuel est estimé à 3 milliards d’euros.
"Ils venaient de Sinaloa donc ils ne sont pas arrivés là par hasard a priori. On suppose clairement des échanges d’expertises entre groupes sud-américain et des spécialistes belgo-néerlandais en matière de drogues synthétiques", signale François Farcy, directeur de la Police judiciaire de Liège.
Le pays de Herve sert aussi d’axe de transit pour les consommateurs et les dealers qui vont s’approvisionner aux Pays-Bas et cherchent à éviter les grands axes et les contrôles. Notre zone frontalière permet aux trafiquants de brouiller les pistes : une identité belge, une plaque d’immatriculation allemande et un gsm hollandais. La zone était aussi autrefois privilégiée pour la culture de cannabis.
Des plantations de cannabis qui diminuent en taille
« Il y a une dizaine d’années, on a vu apparaître des plantations de cannabis de grandes importances de l’ordre de 1.500 à 3.000 plants. Il y a une année, on en a eu une quinzaine rien que chez nous. Cela touchait surtout les zones de frontières du Limbourg et les zones francophones limitrophes avec les Pays-Bas et l’Allemagne, dans notre cas, en plus. Maintenant, des plantations de cannabis, il y en a un peu partout mais de plus petites tailles, de l’ordre de 500-600 plants », explique Georges Beckers, Commissaire-Responsable judiciaire de la Zone de police Herve.
La consommation électrique, un indicateur
Des déchets de plantations de cannabis ont été retrouvés ici, sur un chemin du pays de Herve. La police est parfois alarmée par des voisins d’inquiétantes allées et venues ou occultations de fenêtres. Les distributeurs de réseau renseigne aussi la police sur d’étonnantes consommations électriques.
Si quelques euros suffisent à acheter un gramme de cannabis, il faut débourser 50 euros pour un gramme de cocaïne. Les sommes en jeu sont colossales. Un des objectifs des policiers est de suivre l’argent pour saisir les avoirs de l’organisation mafieuse. Mais les trafics sont souvent d’ampleur internationale, les biens situés à l’étranger ou placés en cryptomonnaie. Ces enquêtes nécessitent un personnel spécialisé dont la police judiciaire manque malheureusement cruellement.
(Aurélie Michel)